Alita : Battle Angel 2 – Pourquoi La Suite Ne Se Fera Jamais

Alita : Battle Angel a t-il été un total désastre ? Pourquoi la suite, Alita : Battle Angel 2, a été enterrée ?

Dans une année 2019 qui semblait particulièrement tiède côté blockbusters, Alita : Battle Angel était pour beaucoup le rayon de lumière qui éclairait l’obscure médiocrité. 

Produit par James Cameron, réalisé par Robert Rodriguez, adapté des mangas cultes de Yukito Kishiro, le blockbuster porté par Rosa Salazar était l’un des événements du début d’année. Mais malgré les ambitions et espoirs, il n’a pas vraiment rencontré son public. Et s’il a évité le flop absolu au terme de sa carrière en salles, il a refroidi bien des envies, au point de sérieusement mettre en danger les projets de suite. Deux ans après, c’est même clair et net : sauf miracle chez Disney, Alita : Battle Angel 2 ne sera pas.

Que s’est-il passé pour qu’un blockbuster au score a priori honorable, finisse dans une telle impasse ? Retour sur la carrière au box-office de Gunnm version Hollywood.

Autopsie d’un non-succèsLE BUDGET

170 millions. Un budget typique de blockbuster, qui se situe entre Godzilla II : Roi des Monstres (160 millions) et X-Men : Dark Phoenix (200 millions). C’est la fourchette moyenne des films de super-héros, celle d’un Ant-Man et la Guêpe, Suicide Squad, Spider-Man : Homecoming ou Captain Marvel.

James Cameron n’a pas caché qu’un tel budget équivaut à beaucoup de pression financière, avec beaucoup d’attente pour le studio. Le budget initial d’environ 200 millions aurait été revu à la baisse grâce à des réductions de taxe avec l’état du Texas et la Nouvelle-Zélande.

À ce budget officiel s’ajoute le budget marketing, farouchement gardé par les studios. À ce niveau, c’est un coût qui se compte en plusieurs dizaines de millions de dollars, pour tout ce qui relève de la promo en elle-même et de la distribution. Ce budget marketing peut exploser (plus de 180 millions sur Jurassic World : Fallen Kingdom, comme expliqué ici), et atteint bien souvent les 100 millions.

Au minimum, Alita aurait donc coûté dans les 250 millions.

Ready to fightLE BOX-OFFICE MONDIAL

404,8 millions récoltés dans le monde. Soit un poids plume au rayon blockbuster en 2019, loin derrière Avengers : Endgame (2,7 milliards), et le club des milliards au box-office (Le Roi Lion, La Reine des neiges 2, Spider-Man : Far From Home, Captain Marvel, Joker, Star Wars IX, Toy Story 4, Aladdin).

Alita se situe devant Godzilla II : Roi des Monstres (386 millions) et Shazam! (365 millions), mais derrière Pokémon : Détective Pikachu (427 millions), Maléfique 2 (491 millions) ou Fast & Furious : Hobbs & Shaw (759 millions). Bref, c’est un blockbuster en très petite forme.

C’est sans surprise le plus gros succès de Robert Rodriguez, qui n’avait jamais manié un budget si énorme. Le premier Sin City avait engrangé dans les 159 millions (environ 210 avec l’inflation), et Spy Kids 3 : Mission 3D dans les 197 millions (environ 275 avec l’inflation);

Pour James Cameron, c’est évidemment loin de ses succès comme réalisateur. Comme producteur, c’est néanmoins beaucoup mieux que Sanctum (à peine 109 millions), qui était un tout petit budget en comparaison. Alita : Battle Angel est donc un cas à part pour les deux hommes.

Tenir tête à la concurrence féroceLE BOX-OFFICE AMÉRICAIN

85,7 millions. Soit le 33ème succès en 2019, devant Men in Black : International et X-Men : Dark Phoenix, et derrière Godzilla II : Roi des Monstres notamment. A titre de comparaison, c’est très loin des leaders Le Roi Lion, Toy Story 4 et autres Captain Marvel, tous à plus de 400 millions. Et avec 858 millions, Avengers : Endgame est hors-catégorie.

C’est là le plus gros problème d’Alita : le box-office domestique étant important pour les studios (qui y récupèrent plus que partout ailleurs), se planter ici est un gros frein pour les finances.

Alita : Battle Angel a encaissé seulement 28,5 millions pour son premier week-end, prouvant très vite l’engouement trop limité du public américain. Sur un mois de février qui a vu Black Panther décoller avec plus de 200 millions, et Deadpool avec plus de 130 millions, c’est une douche froide.

 Quand tu veux vendre ton bébé aux locauxLE BOX-OFFICE INTERNATIONAL

Alita : Battle Angel a bien plus intéressé dans le reste du monde, et récolté 319,1 millions à l’international. C’est quasiment 80% de son box-office total, et c’est un déséquilibre énorme, quoique courant pour les blockbusters.

Le film a surtout marché en France (17 millions), en Corée du Sud (16 millions), en Russie et au Royaume-Uni (12 millions).

Mais c’est la Chine qui a sauvé la mise avec plus de 133 millions. Un chiffre loin d’un carton fou comme Warcraft, le commencement (213,5 millions en 2016, et seulement 47 millions côté domestique : le déséquilibre était encore plus grand), mais qui rappelle un Pacific Rim : Uprising qui avait encaissé une centaine de millions en Chine et à peine 60 côté domestique. Ready Player One est un autre récent exemple, qui a engrangé plus de 218 millions en Chine, bien plus que les 137 côté domestique. 

Hormis des cas spéciaux de coproduction locale (Venom, ou Godzilla II : Roi des Monstres), un carton en Chine reste à double tranchant : la réglementation très stricte ne ramène qu’environ 1/4 au studio, ce qui nuance grandement les chiffres.

Le petit sourire de la presque victoireLE BOX-OFFICE FRANÇAIS

2 millions d’entrées. C’est certes loin des 6,7 millions d’Avengers : Endgame et des 6,6 millions de Qu’est-ce qu’on a encore fait au bon Dieu ? (la France, championne de la schizophrénie), ou même des 3,3 millions de Captain Marvel, mais Alita : Battle Angel est jusque-là le 9e plus gros succès, devant La Mule et derrière Green Book : Sur les routes du Sud.

Pour James Cameron, c’est évidemment loin, très loin de Titanic (21,7 millions d’entrées), et Avatar (14,7 millions). C’est également loin de Terminator 2 : Le Jugement dernier (6,1 millions) et Terminator (3 millions). Mais c’est proche d’Aliens, le retour (1,7 million), Abyss (1,9 million) et True Lies (1,8 million).

Pour Robert Rodriguez, c’est un record, devant The Faculty (1,5 million) et Sin City (1,2 million).

La France aime AlitaLE BILAN

Environ 250 millions de budget au total, 85 millions et quelques au box-office domestique, 186 millions à l’international et 133 en Chine : le bilan n’est pas glorieux pour Alita.

Le seuil de rentabilité était situé entre 350-400 millions, et 500 millions, selon les sources. Avec à peine 405 millions dans le monde (sans compter les ventes TV, vidéo, et l’éventuel merchandising s’il pèse vraiment), le blockbuster aurait donc évité le désastre. Mais avec une telle importance de la Chine, et un four au box-office domestique, la Fox a probablement perdu de l’argent sur le film. Et au minimum, c’est loin d’être un bon signal pour une franchise en devenir, qui ne cache absolument pas ses ambitions pour au moins une suite.

Débrancher la machine à franchiseLES CAUSES

La première : le matériau n’a pas parlé au grand public. Ghost in the Shell a prouvé en 2017 qu’un manga culte adapté en blockbuster n’est aucunement une garantie de succès. Vendre Gunnm au public, notamment américain, était donc un vrai pari malgré l’univers de SF familier (lutte des classes, robots, etc.).

Les premières images n’ont pas aidé en dévoilant une Alita aux gros yeux, qui a décontenancé pas mal de monde. L’impression d’avoir affaire à un film bizarre, nettement moins “normal” que la plupart des superproductions et franchises devenues familières, n’a probablement pas aidé. Pour le public, il y avait ici un vrai pari : celui de donner sa chance à un film “autre”, plutôt qu’un énième épisode d’une saga appréciée. Que le studio ait choisi de ne pas caster d’actrice connue pour incarner l’héroïne n’a pas aidé le public à être rassuré, et identifier la chose. Alita : Battle Angel aura ainsi été perçu comme un film de niche – trop geek pour le grand public, et trop grand public pour les geeks peut-être.

Robert Rodriguez sur le tournage d’Alita

Le studio a pourtant mis les bouchées doubles pour vendre le film. Présentation lors de divers rendez-vous avec le public et le milieu, et soutien très médiatisé de James Cameron qui ne manquait pas une occasion de faire le VRP. Et c’est là la deuxième raison invoquée : la promo et les choix marketing. À qui Alita : Battle Angel devait-il s’adresser ? Insister sur la romance et l’héroïne qui se découvre, pour parler aux fans de young adult et au jeune public ? Mettre en avant l’univers steampunk et les mangas pour séduire les cinéphiles et connaisseurs ?

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